À l’époque pré-coloniale, le territoire de Batiscan a fort probablement été le témoin des bouleversements culturels apportés par la sédentarisation de certaines tribus amérindiennes. En effet, il devait faire partie d’une province iroquoienne autonome appelée Maisouna, située entre la province d’Hochelaga (Montréal) et celle de Stadaconé (Québec).   

Une province iroquoienne était composée d’une série de petits villages, tous reliés entre eux par des champs cultivés et des sites saisonniers propices à l’auto-cueillette de petits fruits.

En tout, elle pouvait regrouper environ un millier d’individus.

Les guerres amérindiennes auraient vraisemblablement chassé cette première communauté rurale des basses terres de la Mauricie. 

Cependant, le territoire situé à l’embouchure de la rivière Batiscan et du fleuve demeurera hautement stratégique, puisqu’il sert de lieu de rencontre pour les amérindiens.   

Histoire de Batiscan

Le principal apport de la période coloniale est l’organisation spatiale du territoire.  En effet, c’est par l’intermédiaire du régime seigneurial que s’est effectué le peuplement de la Nouvelle France. Ce système économique, basé sur le gain de nouvelles terres à acquérir, consiste à accorder à des entrepreneurs, communément appelés seigneurs, des portions de terres avec l’obligation expresse d’y établir des censitaires, communément appelés colons.  L’établissement des droits et devoirs pour chaque partie concernée, permettait à l’état d’assurer la mise en valeur du territoire et d’exercer un parfait contrôle sur celui-ci.  

Le 13 mars 1639, la seigneurie de Batiscan est accordée aux Jésuites afin de pourvoir à l’évangélisation et la sédentarisation des tribus amérindiennes vivant sur place. Son territoire correspond approximativement à celui des municipalités de Batiscan et de Saint-Geneviève-de-Batiscan.    La distribution des terres, sous forme d’octrois de fiefs seigneuriaux, constitue le  premier niveau de ce découpage territorial. De fait, le peuplement est également orienté à l’intérieur même des seigneuries.  Plus précisément, les terres accordées à chaque colon auront généralement la même forme : un rectangle long et étroit, dont la proportion est d’environ 1 à 10. Ce mode de subdivision des terres était particulièrement bien adapté pour les basses-terres du Saint-Laurent, dans la mesure où le côté étroit de chaque terre s’alignait perpendiculairement aux rives du fleuve. Ce positionnement permettait de maximiser les accès à la principale voie de communication de la colonie. 

L’ensemble de ces lopins de terre alignés en bordure d’un cours d’eau constituait le premier rang.  Lorsque les rives seront complètement occupées, un deuxième rang sera alors subdivisé de la même manière. Toutefois, c’est en bordure d’un chemin situé en arrière lot du premier rang que se fera la maximisation des accès. Donc, dépendamment de sa superficie, une seigneurie pouvait compter plusieurs rangs.  Chaque chemin de rang était relié entre eux par un chemin transversal qu’on appelait une montée.

Histoire de Batiscan

 

Pour sa part, le territoire de Batiscan regroupe 3 rangs parallèles au fleuve jusqu’à la rive sud de la rivière Batiscan. 

Toute la partie située du côté nord de la rivière est parallèle à cette autre voie de communication importante. On y compte deux rangs.
Histoire de Batiscan

La colonisation proprement dite du territoire de Batiscan débute en 1666.  Plus de 30 concessions sont accordées.  L’érection canonique de la paroisse survient le 2 novembre 1684.  En 1709, toutes les terres en bordure du fleuve sont occupées.  En peu de temps, tout le territoire actuel de Batiscan est concédé. 

Avec la possibilité d’ériger une église, un premier noyau de vie communautaire peut également prendre forme dans les nouvelles limites de la paroisse. À ce titre, le déploiement de l’agglomération Batiscanaise est typique des villages situés en bordure du fleuve. 

Plus précisément, Batiscan fait partie des villages « linéaires », qui s’étendent le long du Chemin-du-Roy.  Cette forme d’urbanisation s’étend de façon linéaire et continue, sans réel effort de concentration, dépassant même les limites administratives des paroisses cadastrales. Sur le plan économique, les techniques de production archaïques, l’éloignement des marchés et l’absence de routes praticables remettent en cause le développement de l’agriculture à Batiscan.  En effet, les colons n’utilisent généralement qu’une partie de leur terre à la culture. Pour survivre, les habitants s’en remettent davantage sur le métier de coureur des bois.

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Cette situation s’explique par l’ouverture d’un poste de traite à Trois-Rivières dès 1634 et la proximité de la rivière Batiscan comme voie de pénétration vers l’intérieur des terres.

Le développement de Batiscan subira donc une relative stagnation pendant environ 100 ans.  Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle, avec l’exploitation de nouvelles ressources que Batiscan connaîtra un véritable essor. 

Histoire de Batiscan

Elle deviendra une municipalité le 1er juillet 1855.

Parallèlement au développement de l’agriculture, s’intensifie l’exploitation forestière.  Plusieurs moulins à scie apparaissent le long des rivières sillonnant Batiscan et plusieurs municipalités environnantes.  Des industries reliées à l’élevage, comme des beurreries et des fromageries, font également leur apparition.


Le transport maritime offre également diverses possibilités sur le plan des échanges et du commerce.  Jusqu’en 1930, il existe sur la rivière Batiscan un service de transport par bateau reliant les municipalités de Sainte-Geneviève-de-Batiscan et Batiscan.  De là, il est possible de rejoindre Québec et Montréal par le fleuve Saint-Laurent.  En hiver, un pont de glace permettait d’atteindre la rive sud, plus précisément à Saint-Pierre-les-Becquets.

Histoire de Batiscan

L’industrie de la pêche connaît une popularité certaine.  La présence en grande quantité du poulamon de l’Atlantique dans la rivière Batiscan, n’y est pas étrangère.  Toutefois, après 1950, le poulamon délaisse la rivière et seule la pêche sportive perdure.

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La construction d’un port sur la rivière et la fondation du petit village de la Station seront au cœur du développement de ces nouvelles activités économiques.  Son importance est reconnue par la compagnie de chemin de fer qui y installe une gare et un réservoir d’eau pour remplir les chaudières des locomotives.

La crise économique de 1929 brisera l’élan du Village de la Station. De nos jours, seulement quelques familles y résident encore, alors que les commerces et les services se sont concentrés dans le noyau villageois et que l’agriculture a repris sa place dans le paysage et l’économie de Batiscan.


Ainsi, la révolution industrielle à venir aura peu d’impact sur l’évolution de Batiscan, car les activités commerciales et industrielles, présentent sur le territoire, demeurent marginales.

Au niveau agricole, la rentabilité devient un enjeu qui se développe progressivement.  Pendant longtemps, l’agriculture demeurera un mode de vie dont la principale fonction est d’assurer la survie de chaque famille paysanne.  Elle devait réussir à combler la plus grande partie des besoins de consommation. La polyvalence de ces pratiques autarciques sera lentement délaissée pour être remplacée par une spécialisation des cultures et de l’élevage, en vue de la commercialisation de l’agriculture. La mécanisation et le raffinement des techniques agricoles permettront également de répondre à la demande croissante des populations urbaines.  Face à l’émergence de cette grande tendance,  le territoire agricole de Batiscan se spécialise dans la grande culture des céréales et les fermes laitières. 

En 1880, une exploitation agricole compte une quarantaine d’acres aménagées en moyenne.  Selon les standards de l’époque, une exploitation agricole doit compter minimalement 30 acres aménagées pour être rentable.  Cette moyenne atteindra 60 acres en 1951. 


Le XXe siècle viendra un peu bouleverser le mode de vie traditionnel à Batiscan. En effet, l’attribution de valeurs esthétiques au Saint-Laurent créera un engouement inégalé pour les berges du Fleuve.  Les premiers fronts de villégiature bien constitués apparaissent dès le milieu de ce siècle.  Ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui amorceront cette forme d’urbanisation, en aménageant et en vendant plusieurs parcelles de leurs lots riverains pour y implanter des résidences d’été. 

Plus tard, cette vocation récréative se transformera en une occupation plus permanente.  De fait, l’utilisation massive de la voiture et le développement des réseaux routiers favorisent la mobilité des populations et font progresser l’étalement urbain.  Les gens veulent échapper à la ville et se mettent à la recherche d’un cadre de vie plus agréable et plus sain.  Les noyaux villageois situés en périphérie des grandes villes apparaissent comme des endroits tout désignés pour répondre à cette préoccupation.
 
Donc, à cause de sa proximité du pôle régional trifluvien, combiné à l’attrait exercé par le fleuve, Batiscan devient une petite communauté banlieusarde pittoresque.

 

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